{"id":2499,"date":"2020-12-18T20:35:23","date_gmt":"2020-12-18T19:35:23","guid":{"rendered":"https:\/\/paroissesaintlaumer.com\/?p=2499"},"modified":"2020-12-18T20:35:23","modified_gmt":"2020-12-18T19:35:23","slug":"le-noel-de-martin-de-leon-tolstoi-la-ou-est-lamour-la-est-dieu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/paroissesaintlaumer.com\/index.php\/2020\/12\/18\/le-noel-de-martin-de-leon-tolstoi-la-ou-est-lamour-la-est-dieu\/","title":{"rendered":"&#8220;Le No\u00ebl de Martin&#8221; de L\u00e9on Tolsto\u00ef. &#8220;L\u00e0 o\u00f9 est l\u2019amour, l\u00e0 est Dieu&#8221;"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Il y avait dans une ville un savetier appel\u00e9 Martin Avdi\u00e9itch. Il occupait dans un sous-sol une pi\u00e8ce \u00e9clair\u00e9e d\u2019une fen\u00eatre. La fen\u00eatre donnait sur la rue ; on voyait passer le monde, et, bien qu\u2019il n\u2019aper\u00e7\u00fbt que leurs pieds, Martin reconnaissait les gens \u00e0 leurs bottes.<br>Il vivait l\u00e0 depuis longtemps, et connaissait beaucoup de monde. Il \u00e9tait rare qu\u2019une paire de bottes ne lui pass\u00e2t pas une fois ou deux entre les mains. Il ressemelait les unes, rapi\u00e9\u00e7ait les autres ; parfois il renouvelait les empeignes. Et souvent il voyait \u00e0 travers la fen\u00eatre l\u2019\u0153uvre de ses doigts.<br>Avdi\u00e9itch avait beaucoup d\u2019ouvrage, car il travaillait proprement, fournissait de la bonne marchandise, ne surfaisait personne et livrait au jour dit. Et tous l\u2019appr\u00e9ciaient et la besogne ne ch\u00f4mait jamais.<br>De tout temps, Avdi\u00e9itch s\u2019\u00e9tait montr\u00e9 un brave gar\u00e7on. Mais, en prenant de l\u2019\u00e2ge, il se mit \u00e0 songer davantage \u00e0 son \u00e2me et \u00e0 se rapprocher de Dieu. Alors qu\u2019il travaillait encore chez son patron, sa femme \u00e9tait morte, lui laissant un petit gar\u00e7on de trois ans.<br>Ses enfants ne vivaient pas. Les a\u00een\u00e9s, il les avait tous perdus. Il voulut d\u2019abord envoyer son fils \u00e0 la campagne, chez sa s\u0153ur ; puis il eut piti\u00e9 et pensa : \u2013 Il lui serait trop dur, \u00e0 mon Kapitochka, de vivre dans une famille \u00e9trang\u00e8re. Je veux le garder avec moi.<br>Et Avdi\u00e9itch quitta son patron et s\u2019\u00e9tablit \u00e0 son compte avec son fils. Mais Dieu ne b\u00e9nit pas Martin dans ses enfants. Comme il commen\u00e7ait \u00e0 grandir et \u00e0 aider son p\u00e8re, Kapitochka tomba malade : il d\u00e9p\u00e9rit pendant une semaine et mourut.<\/p>\n\n\n\n<p>Avdi\u00e9itch ensevelit son enfant et d\u00e9sesp\u00e9ra de tout. Il \u00e9tait si d\u00e9sol\u00e9 qu\u2019il se prit \u00e0 murmurer contre Dieu. Il se sentait si malheureux, Martin, qu\u2019il demandait souvent la mort au Seigneur, lui reprochant de ne pas l\u2019avoir pris, lui, un vieillard, \u00e0 la place de son fils unique et ador\u00e9. Il cessa m\u00eame de fr\u00e9quenter l\u2019\u00e9glise. Voici qu\u2019un jour, vers la Pentec\u00f4te, arriva chez Avdi\u00e9itch un de ses pays, un p\u00e8lerin toujours en marche depuis huit ans. Ils caus\u00e8rent, et Martin se plaignit am\u00e8rement de ses malheurs.<br>\u2013 Je n\u2019ai plus m\u00eame envie de vivre, homme de Dieu, disait-il. Je ne demande qu\u2019\u00e0 mourir. C\u2019est tout ce que j\u2019implore de Dieu. Je n\u2019ai maintenant plus d\u2019esp\u00e9rance.<br>Et le petit vieux lui r\u00e9pondit :<br>\u2013 Ce n\u2019est pas bien de parler ainsi, Martin. Il ne nous appartient pas de juger ce que Dieu a fait, c\u2019est au-dessus de notre intelligence. Dieu seul est juge de ce qu\u2019il fait. Il a d\u00e9cid\u00e9 que ton fils mourrait, et que toi tu vivrais : c\u2019est que cela vaut mieux ainsi. Et ton d\u00e9sespoir vient de ce que tu veux vivre pour toi, pour ton propre bonheur.<br>\u2013 Et pourquoi vit-on ? demanda Avdi\u00e9itch.<br>Et le vieux dit :<br>\u2013 C\u2019est pour Dieu qu\u2019il faut vivre. C\u2019est lui qui te donne la vie, c\u2019est pour lui que tu dois vivre. Quand tu commenceras \u00e0 vivre<br>pour lui, tu n\u2019auras plus de chagrin, et tu supporteras tout facilement.<br>Martin garda un moment le silence. Puis il reprit :<br>\u2013 Et comment vivre pour Dieu ?<br>Et le vieux r\u00e9pondit :<br>\u2013 Comment vivre pour Dieu ? C\u2019est ce que le Christ a r\u00e9v\u00e9l\u00e9. Sais-tu lire ? Ach\u00e8te l\u2019\u00c9vangile et lis. L\u00e0, tu apprendras comment il faut vivre pour Dieu. L\u00e0, tu trouveras r\u00e9ponse \u00e0 tout ce que tu demandes.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces paroles all\u00e8rent au c\u0153ur d\u2019Avdi\u00e9itch. Il s\u2019en alla le jour m\u00eame acheter un Nouveau Testament en gros caract\u00e8res et se mit \u00e0 lire.<br>Il voulait lire seulement pendant les f\u00eates ; mais, une fois qu\u2019il eut commenc\u00e9, il se sentit dans l\u2019\u00e2me un tel apaisement qu\u2019il prit l\u2019habitude de parcourir tous les jours quelques pages. Parfois, il s\u2019oubliait si bien dans sa lecture, que tout le p\u00e9trole de sa lampe \u00e9tait consum\u00e9, sans qu\u2019il p\u00fbt s\u2019arracher au livre saint.<\/p>\n\n\n\n<p>Il lisait ainsi chaque soir. Et plus il lisait, plus il comprenait clairement ce que Dieu lui voulait, et comment il faut vivre pour Dieu ; de plus en plus la joie p\u00e9n\u00e9trait dans son c\u0153ur.<br>Nagu\u00e8re, avant de se coucher, il lui arrivait de soupirer, de g\u00e9mir en \u00e9voquant le souvenir de Kapitochka. Maintenant, il se<br>contentait de dire :<br>\u2013 Gloire \u00e0 Toi ! Gloire \u00e0 Toi ! Seigneur. C\u2019est Ta volont\u00e9. Depuis ce temps, la vie d\u2019Avdi\u00e9itch changea du tout au tout. Il lui arrivait auparavant, les jours de f\u00eates, d\u2019entrer au traktir boire du th\u00e9 ; et il ne se refusait pas non plus un verre de vodka. Il se laissait aller \u00e0 boire avec un ami, parfois, et sorti du<br>traktir, non pas ivre, mais un peu gai, \u00e0 dire des folies, \u00e0 h\u00e9ler et injurier les passants.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais tout cela \u00e9tait loin. Sa vie s\u2019\u00e9coulait maintenant paisible et heureuse. Il se mettait \u00e0 l\u2019ouvrage d\u00e8s l\u2019aube, accomplissait sa t\u00e2che, d\u00e9crochait sa lampe, la posait sur la table, retirait son livre du rayon, l\u2019ouvrait et lisait. Et plus il lisait, plus il comprenait, et plus sereine \u00e9tait son \u00e2me.<br>Il lui arriva une fois de lire plus tard que de coutume. Il en \u00e9tait alors \u00e0 l\u2019\u00c9vangile selon saint Luc. Il lut, au chapitre VI, les versets suivants :<br>\u00ab \u00c0 celui qui te frappe \u00e0 une joue, pr\u00e9sente-lui aussit\u00f4t l\u2019autre ; et si quelqu\u2019un t\u2019\u00f4te ton manteau, ne l\u2019emp\u00eache point de prendre aussi l\u2019habit de dessous.<br>\u00ab Donne \u00e0 tout homme qui te demande, et si quelqu\u2019un t\u2019\u00f4te ce qui est \u00e0 toi, ne le redemande pas.<br>\u00ab Et ce que vous voulez que les hommes vous fassent, faites-le-leur aussi de m\u00eame. \u00bb<br>Il lut ensuite les autres versets o\u00f9 le Seigneur dit :<br>\u00ab Mais pourquoi m\u2019appelez-vous : Seigneur, Seigneur, tandis que vous ne faites pas ce que je dis ?<br>\u00ab Je vous montrerai \u00e0 qui ressemble tout homme qui vient \u00e0 moi, et qui \u00e9coute mes paroles, et qui les met en pratique ;<br>\u00ab Il est semblable \u00e0 un homme qui b\u00e2tit une maison, et qui, ayant enfoui et creus\u00e9 profond\u00e9ment, en a pos\u00e9 le fondement sur le roc ; et quand il est survenu un d\u00e9bordement d\u2019eaux, le torrent a donn\u00e9 avec violence contre cette maison, mais il ne l\u2019a pu \u00e9branler parce qu\u2019elle \u00e9tait fond\u00e9e sur le roc.<br>\u00ab Mais celui qui \u00e9coute mes paroles, et qui ne les met pas en pratique, est semblable \u00e0 un homme qui a b\u00e2ti sa maison sur la terre sans fondement, contre laquelle le torrent a donn\u00e9 avec violence, et aussit\u00f4t elle est tomb\u00e9e, et la ruine de cette maison-l\u00e0 a \u00e9t\u00e9 grande. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Avdi\u00e9itch lut ces paroles, et son c\u0153ur fut p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 de joie. Il \u00f4ta ses lunettes, les posa sur le livre, s\u2019accouda sur la table et demeura pensif. Et il compara ses propres actes avec ces paroles, et il se dit :<br>\u2013 Ma maison est-elle fond\u00e9e sur le roc ou sur le sable ? C\u2019est bien si c\u2019est sur le roc. On se sent si l\u00e9ger, lorsqu\u2019on se trouve seul et que l\u2019on a agi comme Dieu l\u2019ordonne ! Tandis que si l\u2019on se laisse distraire de Dieu, on peut retomber dans le p\u00e9ch\u00e9. Je vais tout de m\u00eame poursuivre ; ceci est tr\u00e8s bon. Que Dieu m\u2019assiste !<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s avoir ainsi pens\u00e9, il voulut se coucher. Mais cela le peinait trop de s\u2019arracher \u00e0 son livre. Et il se mit encore \u00e0 lire le septi\u00e8me chapitre. Il lut l\u2019histoire du centenier et du fils de la veuve ; il lut la r\u00e9ponse de J\u00e9sus aux disciples de saint Jean. Il arriva au passage o\u00f9 le riche Pharisien convia chez lui le Seigneur ; il lut comment la p\u00e9cheresse lui oignit les pieds et les lava avec ses larmes, et comment il lui remit ses p\u00e9ch\u00e9s. Puis il en vint au verset 44, et il lut : \u00ab Alors, se tournant vers la femme, il dit \u00e0 Simon : Vois-tu cette femme ? Je suis entr\u00e9 dans ta maison, et tu ne m\u2019as point donn\u00e9 d\u2019eau pour les pieds ; mais elle a arros\u00e9 mes pieds de ses larmes, et les a essuy\u00e9s avec ses cheveux.<br>\u00ab Tu ne m\u2019as point donn\u00e9 de baiser ; mais elle, depuis qu\u2019elle est entr\u00e9e, n\u2019a cess\u00e9 de me baiser les pieds.<br>\u00ab Tu n\u2019as point oint ma t\u00eate d\u2019huile ; mais elle a oint mes pieds d\u2019huile odorif\u00e9rante. \u00bb<br>Il lut ce verset et pensa :<br>\u00ab Tu ne m\u2019as point donn\u00e9 d\u2019eau Il s\u2019appelait St\u00e9panitch, et il vivait chez un marchand du voisinage qui l\u2019avait recueilli par charit\u00e9. Il \u00e9tait charg\u00e9 d\u2019aider les dvorniks.<br>Le vieux soldat se mit \u00e0 d\u00e9blayer la neige devant la fen\u00eatre d\u2019Avdi\u00e9itch. Celui-ci le regarda et reprit sa besogne.<br>\u2013 Je suis, sans doute, bien sot de guetter ainsi, pensait Avdi\u00e9itch en se raillant lui-m\u00eame. C\u2019est St\u00e9panitch qui d\u00e9blaye la neige, et moi je crois que c\u2019est le Christ qui vient me voir. Je divague, vieille cruche que je suis. Pourtant, apr\u00e8s dix autres aiguill\u00e9es, il regarda de nouveau par la fen\u00eatre ; et il vit St\u00e9panitch qui, ayant appuy\u00e9 sa pelle contre le mur, se reposait et se r\u00e9chauffait.<br>\u2013 Il est vieux, ce bonhomme-l\u00e0, se disait Avdi\u00e9itch. On voit qu\u2019il n\u2019a m\u00eame plus la force de d\u00e9blayer la neige ; il faudrait peut\u00eatre lui donner du th\u00e9, j\u2019ai justement mon samovar qui va s\u2019\u00e9teindre.<br>Il piqua son al\u00eane dans l\u2019\u00e9tabli, se leva, posa le samovar sur la table, versa de l\u2019eau dans la th\u00e9i\u00e8re et frappa \u00e0 la fen\u00eatre.<br>St\u00e9panitch se retourna et s\u2019approcha. Le savetier lui fit signe et alla ouvrir la porte.<br>\u2013 Viens donc te r\u00e9chauffer, dit-il, tu dois avoir froid.<br>\u2013 Que le Christ nous sauve ! Oui, c\u2019est vrai, les os me font mal, r\u00e9pondit St\u00e9panitch.<br>Le vieux entra, secoua la neige de ses pieds, les essuya de peur de salir le parquet et vacilla sur ses jambes.<br>\u2013 Ne te donne pas la peine d\u2019essuyer tes pieds, je nettoierai cela ; cela ne fait rien, viens donc t\u2019asseoir, dit Avdi\u00e9itch, prends donc un peu de th\u00e9.<br>Il remplit deux verres, et en poussa un vers son h\u00f4te ; lui-m\u00eame il versa le sien dans sa soucoupe et se mit \u00e0 souffler dessus.<br>St\u00e9panitch but, retourna son verre, posa dessus le restant de sucre et remercia. Mais on voyait qu\u2019il en d\u00e9sirait encore.<br>\u2013 Prends-en encore, dit Martin.<br>Et de nouveau il emplit les deux verres.<br>Tout en buvant, Avdi\u00e9itch regardait \u00e0 tout moment dans la rue.<br>\u2013 Attends-tu quelqu\u2019un ? interrogea l\u2019h\u00f4te.<br>\u2013 Si j\u2019attends quelqu\u2019un ? J\u2019ai honte de dire qui j\u2019attends. Je ne sais si j\u2019ai ou non raison d\u2019attendre, mais il y a une parole qui<br>m\u2019est all\u00e9e au c\u0153ur\u2026 \u00c9tait-ce un r\u00eave, ou je ne sais quoi ?\u2026Vois-tu, mon fr\u00e8re, je lisais hier l\u2019\u00c9vangile de notre petit P\u00e8re le Christ, combien Il souffrit, comment Il marchait sur la terre. Tu en as entendu parler, n\u2019est-ce pas ?<br>\u2013 Oui, j\u2019en ai entendu parler, r\u00e9pondit St\u00e9panitch. Mais nous autres, gens ignorants, nous ne savons pas lire.<br>\u2013 Eh bien ! je lisais donc comment Il marchait sur la terre\u2026 J\u2019ai lu, sais-tu, comment il est venu chez le Pharisien et comment l\u2019autre n\u2019est point all\u00e9 au-devant de Lui\u2026 Je lisais donc, mon fr\u00e8re, hier, justement cela, et je pensais : \u00ab Comment pouvait-on ne pas honorer de son mieux notre petit P\u00e8re le Christ ? Si, par exemple, me disais-je, pareille chose m\u2019arrivait, \u00e0 moi, comme \u00e0 un autre, je ne saurais m\u00eame pas comment L\u2019honorer assez. Et lui, le Pharisien, il ne L\u2019a pas bien accueilli ! \u00bb Voil\u00e0 ce que je pensais. Et je m\u2019assoupis. Et quand je fus assoupi, mon fr\u00e8re, je m\u2019entendis appeler par mon nom. Je me l\u00e8ve, et la voix me semble murmurer : \u2013 \u00ab Attends-moi, qu\u2019on dit, je viendrai demain. \u00bb Et ainsi deux fois de suite\u2026 Eh bien ! me croiras-tu ? cela m\u2019est rest\u00e9 \u00e0 la t\u00eate. J\u2019ai beau me gronder moi-m\u00eame, je L\u2019attends toujours, Lui, notre petit P\u00e8re !<\/p>\n\n\n\n<p>St\u00e9panitch hocha la t\u00eate sans r\u00e9pondre. Il acheva son verre, le coucha sur la soucoupe ; mais Avdi\u00e9itch le releva de nouveau et reversa du th\u00e9 :<br>\u2013 Prends donc pour ta sant\u00e9 ! Je songe que Lui, notre petit P\u00e8re, quand Il marchait sur la terre, Il ne rebutait personne, et Il recherchait surtout les humbles. Il venait toujours chez les humbles ; ses disciples, Il les prenait parmi nous autres, des p\u00eacheurs, des artisans comme nous. \u00ab Celui qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve sera abaiss\u00e9, disait-il ; celui qui s\u2019abaisse sera \u00e9lev\u00e9\u2026 \u00bb Vous m\u2019appelez Seigneur, qu\u2019il dit, et moi, je vous lave les pieds ; celui qui veut \u00eatre le premier doit \u00eatre le serviteur des autres\u2026<br>Car, disait-il, \u00ab heureux les pauvres d\u2019esprit ; le royaume des cieux leur est ouvert \u00bb.<br>St\u00e9panitch avait oubli\u00e9 son th\u00e9. C\u2019\u00e9tait un homme vieux et sensible. Il \u00e9coutait, et les larmes coulaient le long de ses joues.<br>\u2013 Eh bien ! prends-en encore, lui dit Avdi\u00e9itch.<br>Mais St\u00e9panitch fit le signe de croix, remercia, repoussa le verre et se leva.<br>\u2013 Je te remercie, dit-il, Martin Avdi\u00e9itch, de m\u2019avoir trait\u00e9 de la sorte, et de m\u2019avoir satisfait l\u2019\u00e2me avec le corps.<br>\u2013 \u00c0 ton service. \u00c0 une autre fois. Je suis toujours content qu\u2019on vienne me voir, dit Avdi\u00e9itch.<br>St\u00e9panitch partit. Martin se versa ce qui restait de th\u00e9, le but, enleva la vaisselle et vint se rasseoir aupr\u00e8s de la fen\u00eatre \u00e0 travailler.<br>Il coud, et, tout en cousant, il regarde par la fen\u00eatre et attend le Christ. Et il ne fait que penser \u00e0 Lui, et il repasse dans son esprit ce qu\u2019Il a fait, ce qu\u2019Il a dit.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux soldats pass\u00e8rent, l\u2019un dans des bottes d\u2019ordonnance, l\u2019autre dans des bottes \u00e0 lui, puis un barine en galoches vernies, puis un boulanger avec sa corbeille.<br>Voici qu\u2019en face de la fen\u00eatre apparut une femme en bas de laine, en souliers de paysanne. Elle d\u00e9passa la fen\u00eatre et s\u2019arr\u00eata tout contre le mur. Avdi\u00e9itch, se penchant, regarde \u00e0 travers la vitre. Il voit une femme \u00e9trang\u00e8re, avec un enfant dans les bras, appuy\u00e9e au mur, et tournant le dos au vent. Elle essayait d\u2019abriter son nourrisson, mais sans y parvenir, car elle n\u2019avait rien pour l\u2019envelopper. Cette femme portait des v\u00eatements d\u2019\u00e9t\u00e9 en fort mauvais \u00e9tat.<br>Et Avdi\u00e9itch, de derri\u00e8re sa fen\u00eatre, entendit l\u2019enfant crier et sa m\u00e8re le consoler, mais sans succ\u00e8s.<br>Il se leva, ouvrit sa porte, sortit et cria dans l\u2019escalier :<br>\u2013 Bonne femme ! Eh ! bonne femme !<br>L\u2019\u00e9trang\u00e8re l\u2019entendit et se tourna vers lui :<br>\u2013 Pourquoi donc rester au froid avec ton enfant ? Viens donc dans ma chambre, tu seras mieux pour le soigner\u2026 Par ici ! Par ici !<br>La femme, toute surprise, voit un vieillard en tablier et en lunettes qui lui fait signe de venir. Elle le suit.<br>Elle descend l\u2019escalier et p\u00e9n\u00e8tre dans la chambre.<br>\u2013 Ici, viens donc ici, lui dit le vieillard. Assieds-toi plus pr\u00e8s du po\u00eale. Chauffe-toi et fais t\u00e9ter le petit.<br>\u2013 C\u2019est que je n\u2019ai plus de lait, r\u00e9pondit-elle. Depuis ce matin, je n\u2019ai moi-m\u00eame rien mang\u00e9.<br>Et elle donna cependant le sein \u00e0 son nourrisson.<br>Avdi\u00e9itch hocha la t\u00eate. Il s\u2019approcha de la table, prit du pain, un bol, ouvrit le po\u00eale o\u00f9 cuisait le , sortit un pot de kacha ; mais comme la kacha n\u2019avait pas eu le temps de bouillir, il versa seulement du stchi dans le bol et le posa sur la table. Il coupa du pain, d\u00e9crocha une serviette et mit le couvert.<br>\u2013 Assieds-toi, qu\u2019il dit ; mange, bonne femme ! Moi je garderai un peu ton enfant. J\u2019ai eu aussi des enfants, moi, et je sais les soigner.<br>La femme fit le signe de la croix, se mit \u00e0 table et mangea, tandis que Martin, s\u2019\u00e9tant assis sur le lit avec l\u2019enfant, lui envoyait des baisers pour le consoler. Comme l\u2019enfant pleurait toujours, Avdi\u00e9itch imagina de le menacer avec son doigt, qu\u2019il approchait et \u00e9loignait alternativement de ses l\u00e8vres, mais sans le lui mettre dans la bouche car ce doigt \u00e9tait noir de poix. Et le petit, regardant fixement le doigt, cessa de crier et se mit m\u00eame \u00e0 rire, \u00e0 la grande joie d\u2019Avdi\u00e9itch.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout en mangeant, l\u2019\u00e9trang\u00e8re racontait qui elle \u00e9tait, d\u2019o\u00f9 elle venait :<br>\u2013 Moi, qu\u2019elle dit, je suis la femme d\u2019un soldat. Mon mari, on l\u2019a fait partir, voil\u00e0 d\u00e9j\u00e0 huit mois, je n\u2019ai plus eu de ses nouvelles. Je vivais de mon emploi de cuisini\u00e8re, lorsque j\u2019accouchai ; avec un enfant, on n\u2019a plus voulu me garder, et voil\u00e0 trois mois que je suis sans place. J\u2019ai mang\u00e9 tout ce que j\u2019avais ; j\u2019ai voulu me proposer comme nourrice ; on m\u2019a rebut\u00e9e :<br>\u00ab Trop maigre ! \u00bb me dit-on. Alors je me suis rendue chez une marchande o\u00f9 se trouve plac\u00e9e notre petite baba : l\u00e0, on promit de me prendre. Je pensais que la chose allait se faire tout de suite, mais on m\u2019a dit de revenir l\u2019autre semaine ; et elle demeure bien loin\u2026 Je suis ext\u00e9nu\u00e9e, et j\u2019ai fatigu\u00e9 aussi mon pauvre petit. Heureusement que ma patronne a piti\u00e9 de nous, et nous laisse, au nom du Christ, dormir chez elle. Autrement je ne saurais que devenir.<br>Avdi\u00e9itch soupira et dit :<br>\u2013 Et tu n\u2019as pas de v\u00eatements chauds ?<br>\u2013 Non. J\u2019ai engag\u00e9 hier, pour vingt kopecks, mon dernier ch\u00e2le.<br>La femme s\u2019approcha du lit et prit l\u2019enfant. Avdi\u00e9itch se leva, se dirigea vers le mur, chercha, et apporta une vieille .<br>\u2013 Prends, qu\u2019il dit : c\u2019est mauvais, mais cela te servira toujours pour envelopper.<br>L\u2019\u00e9trang\u00e8re regarda la poddiovka, regarda le vieillard, prit la poddiovka et fondit en larmes. Avdi\u00e9itch se d\u00e9tourna, non moins \u00e9mu ; puis il alla vers son lit, retira le petit coffre, l\u2019ouvrit, chercha et vint se rasseoir en face de la femme.<br>Et la femme dit :<br>\u2013 Que le Christ te sauve, petit grand-p\u00e8re ! C\u2019est Lui sans doute qui m\u2019a conduite devant ta fen\u00eatre. Sans cela, l\u2019enfant aurait pris froid. Quand je suis partie, il faisait chaud, et maintenant, quel froid ! La bonne id\u00e9e qu\u2019Il t\u2019a inspir\u00e9e, Lui, notre petit<br>P\u00e8re, de regarder par la fen\u00eatre et d\u2019avoir piti\u00e9 de moi !<br>Avdi\u00e9itch sourit :<br>\u2013 C\u2019est Lui, en effet, qui m\u2019a inspir\u00e9 cette id\u00e9e, dit-il. Ce n\u2019\u00e9tait point par hasard que je regardais par la fen\u00eatre.<br>Et il raconta son r\u00eave \u00e0 la femme, comment il avait ou\u00ef une voix, et comment le Seigneur lui avait promis de venir chez lui ce jour m\u00eame.<br>\u2013 Tout peut arriver, repartit la femme, qui se leva, prit la poddiovka, enveloppa l\u2019enfant, s\u2019inclina et remercia Avdi\u00e9itch.<br>\u2013 Prends, au nom du Christ, dit Avdi\u00e9itch en lui glissant dans la main une pi\u00e8ce de vingt kopecks, prends ceci pour d\u00e9gager le<br>ch\u00e2le.<\/p>\n\n\n\n<p>La femme se signa, Martin se signa aussi, puis il la reconduisit.<br>Et l\u2019\u00e9trang\u00e8re s\u2019en alla. Apr\u00e8s avoir mang\u00e9 du stchi, Avdi\u00e9itch se remit \u00e0 la besogne. Tout en tirant l\u2019al\u00eane, il ne perdait pas la fen\u00eatre de vue ; et chaque fois qu\u2019une ombre se profilait, il levait les yeux pour examiner le passant. Il en passait qu\u2019il connaissait, d\u2019autres qu\u2019il ne connaissait point ; mais ceux-ci n\u2019avaient rien de remarquable.<br>Voil\u00e0 qu\u2019il vit s\u2019arr\u00eater, juste en face de sa fen\u00eatre, une vieille femme, une marchande ambulante, qui tenait \u00e0 la main un petit panier de pommes ; il n\u2019en restait plus beaucoup, elle avait sans doute vendu les autres. Elle portait sur son dos un sac de menu bois, qu\u2019elle avait d\u00fb ramasser dans quelque chantier, et s\u2019en retournait chez elle. Comme le sac lui faisait mal, apparemment, elle voulut le changer d\u2019\u00e9paule : elle le posa donc \u00e0 terre, mit le panier de pommes sur une poutre, et se prit \u00e0 tasser le bois.<br>Pendant qu\u2019elle \u00e9tait ainsi occup\u00e9e, un gamin, venu on ne sait d\u2019o\u00f9, avec une casquette d\u00e9chir\u00e9e, d\u00e9roba une pomme dans le panier et voulut se sauver.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la vieille s\u2019en aper\u00e7ut. Elle se retourna et saisit le petit par la manche. L\u2019enfant se d\u00e9battit, mais elle le maintint avec ses deux mains, lui arracha sa casquette et lui tira les cheveux.<br>Le gamin hurle, la vieille temp\u00eate ; Avdi\u00e9itch, sans prendre le temps de piquer son al\u00eane, la jette par terre et court \u00e0 la porte.<br>M\u00eame il tr\u00e9bucha dans l\u2019escalier et laissa tomber ses lunettes. Il se pr\u00e9cipita dans la rue ; la vieille tirait toujours les cheveux au petit, le tan\u00e7ait d\u2019importance et le mena\u00e7ait du .<br>L\u2019enfant se d\u00e9battait, niait :<br>\u2013 Je n\u2019ai rien pris, disait-il, pourquoi me battre ? Laissez-moi !<br>Avdi\u00e9itch voulut les s\u00e9parer. Il prit le gamin par la main et dit :<br>\u2013 Laisse-le, babouchka. Pardonne-lui, au nom du Christ.<br>\u2013 Je vais lui pardonner de telle sorte qu\u2019il s\u2019en souviendra jusqu\u2019\u00e0 la prochaine correction. Je vais le conduire au poste, le vaurien.<br>Martin supplia la vieille.<br>\u2013 Laisse-le, qu\u2019il dit, babouchka, il ne le fera plus. Laisse-le donc, au nom du Christ.<br>La vieille l\u00e2cha prise ; le gamin allait se sauver, mais Avdi\u00e9itch le retint.<br>\u2013 Demande \u00e0 pr\u00e9sent pardon \u00e0 la babouchka, et ne recommence plus \u00e0 l\u2019avenir : car je t\u2019ai vu prendre la pomme.<br>Le petit se mit \u00e0 pleurer et demanda pardon.<br>\u2013 Voil\u00e0 qui est bien, et maintenant voici une pomme !<br>Et Martin prit dans le panier une pomme qu\u2019il tendit \u00e0 l\u2019enfant.<br>\u2013 Je vais te la payer, babouchka, continua-t-il en s\u2019adressant \u00e0 la vieille.<br>\u2013 Tu le g\u00e2teras, ce mauvais garnement, fit la vieille. Il fallait le r\u00e9compenser de telle fa\u00e7on qu\u2019il y pens\u00e2t toute la semaine.<br>\u2013 Eh ! babouchka ! babouchka ! nous en jugeons ainsi, mais Dieu n\u2019en juge pas ainsi : s\u2019il faut le fouetter pour une pomme, \u00e0 nous, pour nos p\u00e9ch\u00e9s, que faudrait-il nous faire ?<br>La vieille garda le silence.<br>Et Martin raconta \u00e0 la vieille la parabole du cr\u00e9ancier qui remit sa dette \u00e0 son d\u00e9biteur, et du d\u00e9biteur qui vint pour tuer son bienfaiteur.<br>La vieille \u00e9coutait, le gamin \u00e9coutait aussi.<br>\u2013 Dieu nous commande de pardonner, dit Avdi\u00e9itch, car autrement il ne nous sera point pardonn\u00e9 \u00e0 nous-m\u00eames\u2026 de pardonner \u00e0 tous, et surtout \u00e0 ceux qui ne savent ce qu\u2019ils font.<br>La vieille hocha la t\u00eate et soupira :<br>\u2013 Je ne dis pas non, fit-elle. Seulement, les enfants ne sont d\u00e9j\u00e0 que trop port\u00e9s \u00e0 faire le mal.<br>\u2013 Alors c\u2019est \u00e0 nous, les vieux, de leur montrer le bien.<br>\u2013 C\u2019est ce que je dis aussi, r\u00e9pliqua la vieille. Moi-m\u00eame, j\u2019avais sept enfants ; il ne me reste qu\u2019une fille\u2026<br>Et la vieille se mit \u00e0 raconter comme elle vivait chez sa fille, et combien elle avait de petits-enfants.<br>\u2013 Tu vois, dit-elle, ma faiblesse ? Et pourtant je travaille. Mes petits-enfants\u2026 j\u2019ai piti\u00e9 d\u2019eux, ils sont si gentils, si empress\u00e9s \u00e0 courir \u00e0 ma rencontre ! Et Aksioutka ! En voil\u00e0 une qui n\u2019irait avec personne autre que moi ! \u00ab Babouchka, qu\u2019elle dit, ch\u00e8re babouchka !\u2026 \u00bb<br>Et la vieille s\u2019attendrit tout \u00e0 fait.<br>\u2013 Certainement, ce n\u2019est qu\u2019un enfantillage ; que Dieu le garde ! fit la vieille en se tournant vers le gamin.<br>Mais comme elle allait pour recharger le sac sur ses \u00e9paules, le petit accourut en disant :<br>\u2013 Donne, babouchka, je vais te le porter ; c\u2019est sur mon chemin.<br>La vieille hocha la t\u00eate et lui donna le sac.<br>Et ils s\u2019en all\u00e8rent tous deux c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te ; la vieille avait m\u00eame oubli\u00e9 de r\u00e9clamer \u00e0 Avdi\u00e9itch le prix de la pomme. Et Martin, rest\u00e9 seul, les regardait et les \u00e9coutait marcher et causer.<br>Il les suivit des yeux, puis il rentra chez lui, retrouva ses lunettes intactes dans l\u2019escalier, ramassa son al\u00eane et se remit \u00e0 l\u2019ouvrage. Il travailla un moment ; mais il n\u2019y voyait d\u00e9j\u00e0 plus assez pour passer son fil ; et il aper\u00e7ut l\u2019allumeur qui s\u2019en allait allumer les r\u00e9verb\u00e8res.<br>\u2013 Il faut que j\u2019\u00e9claire ma lampe, se dit-il.<br>Il appr\u00eata sa petite lampe, la suspendit et reprit sa besogne. Il termina une botte et l\u2019examina : c\u2019\u00e9tait bien. Il ramassa ses outils, balaya les rognures, d\u00e9crocha la lampe, qu\u2019il posa sur la table, et prit l\u2019\u00c9vangile sur le rayon.<br>Il voulut ouvrir le volume \u00e0 la page o\u00f9 il en \u00e9tait rest\u00e9 la veille, mais il tomba sur une autre page.<br>Comme il ouvrait l\u2019\u00c9vangile, il se rappela le songe de la veille ; et aussit\u00f4t il crut entendre remuer derri\u00e8re lui.<br>Avdi\u00e9itch se retourna et vit, lui semblait-il, des gens dans le coin\u2026 C\u2019\u00e9taient des gens en effet, mais il ne pouvait les distinguer. Et une voix lui murmura \u00e0 l\u2019oreille :<br>\u2013 Martin ! Eh ! Martin ! Est-ce que tu ne me reconnais pas ?<br>\u2013 Qui es-tu ? fit Avdi\u00e9itch.<br>\u2013 Mais c\u2019est Moi ! fit la voix ; c\u2019est Moi !<br>Et c\u2019\u00e9tait St\u00e9panitch, qui, surgissant du coin obscur, lui sourit, se dissipa comme un nuage et s\u2019\u00e9vanouit.<br>\u2013 Et c\u2019est aussi Moi ! fit une autre voix.<br>Et du coin obscur surgit la femme avec l\u2019enfant ; la femme sourit, l\u2019enfant sourit, et tous deux s\u2019\u00e9vanouirent.<br>\u2013 Et c\u2019est aussi Moi ! fit une autre voix.<br>Et la vieille surgit avec l\u2019enfant qui tenait une pomme : tous deux sourirent, et ils s\u2019\u00e9vanouirent.<br>Et Avdi\u00e9itch se sentit la joie au c\u0153ur. Il fit le signe de la croix, mit ses lunettes et lut l\u2019\u00c9vangile \u00e0 la page o\u00f9 il s\u2019\u00e9tait ouvert.<br>Et dans le haut de la page, il lut : \u00ab J\u2019ai eu faim, et vous m\u2019avez donn\u00e9 \u00e0 manger ; j\u2019ai eu soif, et vous m\u2019avez donn\u00e9 \u00e0 boire ; j\u2019\u00e9tais \u00e9tranger, et vous m\u2019avez accueilli. \u00bb<br>Et au bas de la page : \u00ab Ce que vous avez fait au plus petit de mes fr\u00e8res, c\u2019est \u00e0 moi que vous l\u2019avez fait. \u00bb (S. Matthieu, XXV)<br>Et Avdi\u00e9itch comprit que le songe ne l\u2019avait pas tromp\u00e9, qu\u2019en effet le Sauveur \u00e9tait venu chez lui ce jour-l\u00e0, et que c\u2019\u00e9tait Lui qu\u2019il avait accueilli.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u00e9on Tolsto\u00ef<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y avait dans une ville un savetier appel\u00e9 Martin Avdi\u00e9itch. 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