Message de Monseigneur Christory du 9 avril 2020. Jeudi Saint.

Chers amis et diocésains d’Eure et Loir,

Dans le psaume de le messe de ce jour, il y a cette interrogation du psalmiste : « comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu’il m’a fait ? » (Ps 115, 12). C’est une belle question qui dévoile l’amour que cet homme porte à son Dieu. La grande nouveauté de l’Alliance Nouvelle en Jésus-Christ est d’offrir une réponse dans notre participation à la messe. Cela est confirmé par ce même psaume : « J’élèverai la coupe du salut, j’invoquerai le nom du Seigneur. » (v13)

Aujourd’hui est le grand jour de la sainte Cène qui ouvre le triduum pascal, soit trois journées pour nous conduire à la Vigile de Pâques et à la fête de la Résurrection du Christ. C’est le plus grand Mystère chrétien, comme le souligne saint Paul : « si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi est sans valeur, vous êtes encore sous l’emprise de vos péchés ; et donc, ceux qui se sont endormis dans le Christ sont perdus. Si nous avons mis notre espoir dans le Christ pour cette vie seulement, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes. » (1Co 15, 17-19) Or nous croyons à sa résurrection, qui mène à notre propre résurrection vers la vie éternelle.

Habituellement la messe de la Sainte Cène est fort fréquentée par les catholiques pratiquants car nous y commémorons l’institution de l’Eucharistie  par Jésus mais aussi le sacerdoce des prêtres illustré par ce récit de l’Evangile de Saint Jean qui décrit le lavement des pieds des disciples par Jésus, acte provocateur s’il en est un, puisque c’est là la tâche réservée à l’esclave envers le maître de maison ou le visiteur. Aussi, normalement lavons-nous les pieds de douze personnes qui représentent les douze apôtres, mais aussi l’humanité entière, hommes et femmes, que tout prêtre sert en s’offrant dans la célébration des sacrements. Ce soir, la liturgie de nos messes sera simplifiée et nous ne vivrons pas le lavement des pieds faute… de pieds ! Cependant cet acte de service et d’humilité est vécue parfois dans les communautés religieuses, ou lors de retraites spirituelles particulièrement de couples, l’époux lavant les pieds de son épouse et réciproquement comme signe du service de l’Amour, signe aussi de réconciliation. Aussi je vous fais une proposition : pourquoi ne pas faire à la maison une liturgie simple et belle du lavement des pieds ? Pourquoi ne pas l’élargir aux enfants ? Pour ceux qui sont seuls, et vous êtes nombreux ainsi, faute de le faire physiquement envers quelqu’un, trouvez un moyen de dire à un proche votre amour, éventuellement votre peine d’avoir blessé votre relation et votre désir de pardon.

Ce soir, assurément beaucoup de vous auraient aimé communier au précieux Corps de Jésus. Cela ne sera pas possible. Il y a cependant une réalité propre à l’eucharistie. Nous croyons à un double mystère : la réactualisation de l’immolation du Christ et le changement du pain et du vin en corps et sang du Christ glorieux. Ce corps est mangé et ce sang est bu par le prêtre. En effet le sacrifice eucharistique n’est réalisé que lorsque le prêtre a lui-même communié en consommant le sang et le corps de Jésus. Il le fait en tant que ministre de l’Eglise, au nom de l’Eglise tout entière et comme tenant la place de toute l’Eglise, donc l’assemblée chrétienne, devant Dieu. Aussi la communion spirituelle que vous faites dans la foi de l’Eglise en la présence réelle, est intimement liée à cette consommation du corps et du sang par le prêtre. En quelque sorte, si vous êtes pleinement disposés devant Dieu, vous participez au sacrifice en tant que corps du Christ, certes dans vos maisons comme églises domestiques mais unie en un seul corps c’est-à-dire le Corps de Jésus, tous et chacun en tant que membres de l’église, et vous offrez votre vie à la suite du Christ pour la rédemption du monde. Je vois que ce que je dis là est plutôt théologique et spirituelle. Certains de vous vont penser que mes propos plantent un peu haut ! Mais comprenons que chacun de vous, dans le lieu où il s’associe à la messe que je vais présider en ce soir, participe à cette messe car le Corps du Christ est UN et ne peut être coupé en morceaux, et que dans son acte de communier physiquement que le célébrant réalise à l’autel, tout le corps, donc chacun de vous, reçoit le Christ eucharistique. Et vous pouvez à ce moment là dire avec foi « Ô Jésus, merci de venir en moi maintenant ! Je te reçois pleinement dans ma vie, mon coeur, mon âme avec tous mes frères et soeurs, nous qui formons un seul corps ! »

Maintenant, j’aimerais que nous abordions la dimension sacrificielle et rédemptrice de la messe. Que se passe-t-il ? Que réalise l’eucharistie ? La grandeur de la messe est qu’elle sauve le monde. Il y a une dimension cosmique. Rien ni personne d’autre ne pourrait le faire. Aussi, un catholique ne peut pas vivre la messe pour lui seul, ce serait un contresens. Vouloir communier pour soi apporterait peut-être une satisfaction individuelle et sensible mais cela limiterait le sens profond de ce qu’est l’eucharistie. Le Concile Vatican II a replacé la notion de Peuple de Dieu et c’est bien toute l’assemblée des croyants qui célèbre en s’offrant lors de la messe, par une participation active dans la prière et la louange, tournée vers Dieu le Père, Corps uni à la Tête qui est le Christ à qui le prêtre qui préside offre toute sa personne pour devenir Jésus-Christ présent. Quand le prêtre prononce les mots de la consécration, c’est en fait Jésus qui parle et opère le miracle de sa présence dans le corps et le sang eucharistiques.

Mais ici il faut parler de sacrifice ! Oui, car nous ne pourrions pas comprendre la messe sans faire référence au passage de Jésus par sa passion, sa mort et sa résurrection. Rappelons-nous que le passage se dit pâque. Qu’a fait Jésus ? Il est venu prêcher la conversion et annoncer le Royaume. Il a posé des gestes extraordinaires guérissant et bénissant. Mais il est rejeté. Alors, tel un agneau conduit à l’abattoir, il offre sa vie, accepte la condamnation, subit le plus terrible des châtiments, meurt, est mis au tombeau, jusqu’à sa résurrection. Par cela Jésus devient l’offrande parfaite faite à Dieu Père. Par cela, il remplace tous les animaux sacrifiés que les hommes offraient pour obtenir la bénédiction divine. En cela, il prend la place du condamné, l’homme pécheur, c’est-à-dire chacun de nous, qui ne méritait que la mort éternelle pour avoir désobéi. Il est le véritable agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. Son sacrifice initié sur le bois de la Croix continue sous la forme non sanglante qu’est l’eucharistie. Le seul sacrifice qui nous sauve est un sacrifice de communion. Ne pas discerner le sacrifice, ce serait oublier la Croix sanglante de Jésus, le prix payé pour nous.

Avons-nous conscience que chaque eucharistie nous ramène alors au Golgotha, le lieu du crâne, le calvaire où Jésus mourra en croix ? Comprenons-nous que chaque messe nous faire vivre ce que l’on peut appeler le martyre de Jésus ? Il donne sa vie jusqu’à sa mort et sa mise au tombeau puis ressuscite. Avons-nous conscience que chacun de nous doit d’abord l’accompagner dans sa pâque pour recevoir ensuite les fruits de la résurrection ? Avons-nous conscience que ma vie chrétienne illuminée par la Résurrection ne peut pas faire abstraction du vendredi saint et de la Croix ? Jésus nous a dit : « Celui qui veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi la sauvera. » (Lc 9, 23-24) Sommes-nous prêts à le suivre jusque là ?

Le concile Vatican II affirme que, si la messe est la source et le sommet de la vie chrétienne, c’est bien parce que tout est donné gratuitement par Dieu en Jésus-Christ à chacun de nous, que là est la source de la vie jusqu’au salut, vers notre futur éternel en Dieu. Toute notre foi catholique est orientée vers ce futur, les sacrements nous étant donnés comme ressource spirituelle afin de ne pas défaillir en route. La messe est un don mais n’est pas la fin ultime ; c’est l’union définitive dans la Gloire de Dieu. « Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu’il m’a fait ? » Vivez pleinement les messes prochaines dans la foi – par Radio Grand Ciel ou par vidéo – , en communiant profondément au Christ, car nous sommes tous ensemble son Corps qui le reçoit toujours car Lui se donne toujours. Là est la source de la Charité et de la Vie.

Maintenant je vous bénis au Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Et nous nous confions à la prière de la Vierge Marie, avec l’Angelus :

V. L’ange du Seigneur apporta l’annonce à Marie
R/ Et elle conçut du Saint-Esprit.
Je vous salue Marie, ….
V. Voici la Servante du Seigneur
R/ Qu’il me soit fait selon votre parole.
Je vous salue Marie…
V. Et le Verbe s’est fait chair
R/ Et il a habité parmi nous.
Je vous salue Marie…
V. Priez pour nous, sainte Mère de Dieu
R/ Afin que nous soyons rendus dignes des promesses du Christ.

Prions :
Que ta grâce, Seigneur, se répande en nos cœurs. Par le message de l’ange, tu nous as fait connaître l’Incarnation de ton Fils bien aimé, conduis-nous, par sa passion et par sa croix jusqu’à la gloire de la résurrection. Par le Christ, notre Seigneur.
R/ Amen.

Ce jeudi saint, merci de ne pas oublier votre offrande par la quête, habituellement destinée à soutenir la vie matérielle de vos prêtres. Par l’application la Quête ou le site jedonnealeglise.fr, vous transmettez à votre paroisse votre participation. Merci de tout coeur.

Ce soir, messe à 20h à la cathédrale sur le site du diocèse, vous pouvez vous connecter dès 19h40 pour un temps de prière et de chants.

Mgr Philippe Christory
Maison diocésaine
22 avenue d’Aligre
28000 Chartres.

publié par Pierre-André