Homélie du Père Jean-Pierre pour le 16ème dimanche du temps ordinaire

La Parole de Dieu de ce dimanche attire notre attention sur le véritable visage de Dieu. Très souvent, on se le représente comme un Dieu vengeur qui condamne sans pitié tous les ennemis de son peuple. De fait, les abominations commises chez les païens étaient incroyables. Et pourtant, Dieu ne les a pas exterminés. Il a fait preuve à leur égard d’une patience extraordinaire. Son grand désir a toujours été que le pécheur se convertisse et qu’il vive. Cela vaut même pour les ennemis de son peuple. Il laisse à tous la possibilité de se convertir.

La première lecture nous montre qu’en définitive, Dieu est plus humain que l’homme. C’est important pour notre monde d’aujourd’hui. Le gros problème de notre société, c’est la montée de l’intolérance. Quand un homme ou une femme sont enfermés dans leur mauvaise réputation, on ne leur laisse aucune chance. En ce jour, nous pouvons nous tournons vers le Seigneur pour lui demander de nous donner un peu d’humanité. Qu’il nous apprenne à voir ce monde comme lui-même le voit, avec un regard plein d’amour, et de tendresse

Dans l’Evangile, c’est ce même message que nous retrouvons. La parabole du bon grain et de l’ivraie, nous l’avons souvent entendue ; l’homme qui sème le bon grain c’est Dieu. Nous n’oublions pas ce qui est dit dans le premier récit de la Création : « Dieu vit que cela était bon ». Tout ce qui vient de Dieu est beau et bon. Le bon grain est mis en terre par Dieu. Il faut le dire et le redire, Dieu ne nous donne que du bon grain.

La question est la suivante : au lieu de « veiller au grain », nous dormons. Nous nous installons dans la routine, la facilité ; nous oublions le Seigneur et son Évangile. Et pendant qu’on dort, que se passe t-il ? L’ennemi arrive, et il opère.

Frères et sœurs chrétiens, comprenons-le bien. Le Voleur, le malin, l’ennemi, arrivent souvent pendant que nous dormons. C’est la raison pour laquelle Jésus nous demande de veiller et de prier pour ne pas succomber à la tentation. C’est ce qui est arrivé à Pierre, Jacques et Jean au Jardin des Oliviers, la veille de la mort de Jésus. Oui, nous ne devons jamais perdre de vue que notre vie chrétienne est un combat de tous les jours contre « l’ennemi ». La priorité c’est le bon grain semé par le Seigneur.

L’ennemi, lui, ne dort pas. Il est toujours prêt pour semer l’ivraie. En grec, l’ivraie se traduit par « zizania ». Ce que l’ennemi sème, c’est toujours la zizanie, c’est le trouble, la discorde, les bagarres, les calomnies, la médisance… Oui, ne nous trompons pas, l’ennemi sème tout ce qui est contraire à la communion. Tout cela est l’œuvre du malin. Nous le voyons dans nos paroisses, nos communautés, nos familles : si on s’endort tranquillement, si on n’est pas vigilant ; et quand on se réveille, on s’aperçoit qu’il y a de la zizanie partout.

Ce mal, nous le voyons dans la société d’aujourd’hui : à côté des ardents défenseurs des droits des pauvres, de la veuve et de l’orphelin, nous avons des extrémistes qui tuent et massacrent. Le pire, c’est qu’ils prétendent agir au nom de Dieu. La tentation qui nous guette est de vouloir faire le ménage en enlevant l’ivraie. Mais Jésus nous demande de ne pas faillir. Ce serait ajouter de la haine à la haine, de l’ivraie à l’ivraie. Cet Évangile nous dit l’immense patience de Dieu. Il ne veut pas risquer d’arracher le bon grain avec l’ivraie. Il ne veut pas nous abimer. Et il nous demande de faire preuve de la même patience envers les autres. Il nous laisse discerner ce qui ne va pas dans notre vie. Lui-même nous accompagne jusqu’à la moisson.

Frères et sœurs, nous ne devons jamais nous décourager quand nous avons l’impression qu’il y a de l’ivraie partout et que Dieu ne fait rien. Le Seigneur use de patience envers tous. Il veut absolument que personne ne périsse mais que tous arrivent au repentir.

Il est important que nous méditions sur cette patience de Dieu et sur le fait qu’il faut être rempli d’espérance : l’ivraie et la zizanie n’auront pas le dernier mot. Mais bien que ce soit les vacances, il ne faut pas passer son temps à dormir. Nous devons rester dans la vigilance.

Dans la seconde lecture, saint Paul nous invite à nous tourner vers notre Dieu. Mais laissés à nous-mêmes, nous en sommes bien incapables. C’est alors que le Seigneur intervient pour nous donner son Esprit Saint. Avec lui, nous devenons capables de nous ouvrir à l’amour du Père et à répondre à sa volonté. Le vrai Dieu n’est pas celui qui écrase ses ennemis. Il se présente à nous comme un Dieu plein d’amour qui veut le salut de tous les hommes.

Seigneur, nous te prions : apprends-nous à te suive sur le chemin de l’accueil et de la tolérance. Par cette Eucharistie, viens renouveler notre foi et notre confiance en ton amour. Sainte Marie Mère de Dieu, priez pour nous.

publié par Pierre-André